Entretien avec Edmond Ezéghian


2009-04-14 | Poster par : A.M.+R

Edmond Ezéghian, chez lui, répond à nos questions.

Les habitués de l’Assemblée Générale de l’Oeuvre retrouvent chaque année la silhouette familière d’Edmond Ezéghian, le Commissaire aux comptes de l’association. Tous les ans, en effet, il monte à la tribune et, après le rapport d’activité du Secrétaire général et le rapport financier du Trésorier général, certifie la sincérité des comptes présentés au suffrage des représentants des adhérents. S’il y a lieu, il formule ses observations. A tous il apporte la garantie que tout a été fait « dans les règles de l’art ». Le Pupille a souhaité aller plus loin avec Edmond Ezéghian, pour mieux connaître l’homme et écouter ce qu’il avait à nous dire sur l’Oeuvre des Orphelins des Douanes, lui qui la connaît si bien et depuis si longtemps

 

« Le trait dominant de l’Oeuvre ?
Certainement sa fidélité à son engagement social. »

 

 

L’Oeuvre a-t-elle beaucoup évolué depuis que vous la connaissez ?

Évolué ? Assurément ! Lorsque j’ai connu l’Oeuvre, la comptabilité se tenait encore sur de grands registres noirs, à la main. Il suffit au lecteur de parcourir le numéro du Pupille qu’il a entre les mains pour voir les évolutions remarquables, tant en matériel qu’en personnel, que l’Oeuvre a su réaliser pour mieux se connaître – et donc mieux se gérer. L’ODOD est pleinement de son temps, jusque dans la technicité dont elle sait faire preuve dans la gestion de son portefeuille. La fréquentation des sites de Chalès et de Bilhervé, de son siège aussi, donne une impression de grand sérieux dans l’accomplissemnt de toutes ses missions en direction de l’enfance douanière.

Quel est pour vous le trait dominant de l’Oeuvre ?

Certainement sa fidélité à son engagement social. Tous les moyens sont mobilisés par elle pour réaliser ce grand objectif de solidarité. Dans un monde aujourd’hui dominé par d’autres valeurs, assurément plus égoïstes, où souvent priment les rapports d’argent, l’Oeuvre maintient le cap : Liberté, Égalité, Fraternité. Ses militants savent bien que sans Fraternité, Égalité et Liberté iraient vite à l’abandon.

Vous êtes d’origine arménienne ?

Mon père était né dans une partie de l’Asie mineure qui avait appartenu autrefois au royaume d’Arménie. Il avait fait ses études, en français, chez les jésuites français. Il a tenu très jeune un comptoir au bord de la Mer noire. Il est parti ensuite en Asie et il a travaillé au Japon. Il est revenu en Europe dans les années 20. D’abord en Roumanie, puis en France, où il s’est marié et a fait souche. Ma soeur et moi, nous sommes nés tous deux sur le sol français. Vous connaissez le principe de droit : on est Allemand ou Italien par le droit du sang (jus sanguini) et Français par le droit du sol (jus soli). Voyez-vous, il arrive parfois que le jus soli vous identifie de manière plus forte au pays de votre naissance que le jus sanguini : c’est très exactement ma situation. Très tôt, mes parents m’ont élevé avec le sentiment d’humilité et de gratitude envers notre pays et j’ai donc agi de mon mieux, tant dans ma vie privée que dans ma vie professionnelle, pour restituer à mon tour un peu de ce que j’avais reçu. Je ne remercierai jamais assez mes père et mère de nous avoir fait naître dans ce merveilleux pays qui est le nôtre. Mais je suis fier aussi du parcours de ceux qui m’ont fait naître, survivants aux quatre coins du monde d’un drame affreux : le génocide des Arméniens par les Turcs. Il faut savoir tenir l’équilibre entre le passé, le présent et l’avenir. Privilégier à l’excès l’un des termes aboutirait bientôt, là aussi, à ruiner les deux autres.

Quels voeux formuleriez-vous pour l’Oeuvre ?

Qu’elle persiste dans son action sociale. Si des regroupements devaient avoir lieu, je souhaiterais qu’alors ce soit elle qui en soit le pôle moteur. Les aptitudes exceptionnelles qu’ont montré ses membres pour diriger l’Oeuvre depuis 90 ans rendraient légitime une telle ambition. En outre, l’importance de ses actifs l’autoriserait à affirmer son droit moral à exercer pleinement ce leadership.

 


Parcours :
Après des études juridiques et financières (maîtrise en droit et D.E.S. de droit privé, DESS finances) Edmond Ezéghian fait toute sa carrière comme expert-comptable. C’est ainsi qu’il devient Commissaire aux comptes de l'Oeuvre des Orphelins des Douanes. Il est depuis 1995 expert agréé par la Cour de Cassation (rubrique comptabilité-gestion). Il s’est également engagé dans l’arbitrage en devenant membre de la Chambre arbitrale de Paris (Institut d’expertise, arbitrage et de médiation - I.E.A.M.) Chevalier de la Légion d’Honneur depuis 1997, il a été reçu Officier dans l’Ordre en 2006. Il est lieutenant-colonel de réserve.


Première publication : Pupille n° 177, 2e trimestre 2008.

En savoir plus :

Une déclaration d'Edmond Ezéghian à l'Assemblée générale de juin 2008.

Vous avez dit Commissaire aux comptes ? Arbitre ?

Le génocide arménien.