
Mercredi 6 avril 2005.
Le glas sonnait sur le petit village de Saint Ours les Roches. Une foule immense entourait la modeste église de pierres de lave sombres. Elle débordait largement sur la place et dans les rues adjacentes. Il faisait un peu froid en ce début d’après-midi. L’hiver, que l’on avait cru défait par quelques belles journées de printemps, livrait sa dernière offensive. Tous les amis de Bernard Barbecot, les habitants du village et ceux des villages voisins, la grande famille des douanières et des douaniers, venus de toute la France, sans doute près de trois cents personnes, entouraient la famille dans son deuil. C’est que, depuis trois jours, la nouvelle avait plongé tous ses amis dans le deuil : Bernard Barbecot, le Président de l’Œuvre des Orphelins des Douanes, était décédé dans la nuit de samedi à dimanche 3 avril. Crise cardiaque foudroyante. Il n’avait pas pu être sauvé. Il n’avait pas 59 ans.

La petite église de Saint-Ours ne pouvait contenir tout le monde.
Quand retentit la chanson de Brassens, Toi l’Auvergnat, l’émotion empoigna la foule assemblée :
Toi l’Auvergnat qui sans façon
M’a donné quatre bouts de pain
Quand dans ma vie il faisait faim
Toi l’auvergnat qui sans façon
M’a donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie il faisait froid
La chanson fut suivie de celle de Ferrat, La Montagne, puis de celle de Bachelet Les Corons. Chacun tenta ensuite de pénétrer dans la petite église, mais elle ne put recevoir tout le monde, Des hauts parleurs permirent cependant de suivre la cérémonie de l’extérieur.
Après l’homélie du Curé de Saint Ours et les paroles bouleversantes des membres de la famille, intervinrent tour à tour Monsieur Francis Bonnet, représentant le Directeur Général des Douanes, François Mongin ; Alain Brombin pour le syndicat CGT des douanes et le vice-président de l’Œuvre, René Duprat. La personnalité si particulière de Bernard Barbecot apparaissait à travers leurs paroles : un homme qui savait écouter, qui avait le sens de la justice, qui aimait régler les conflits plutôt que d’exaspérer les antagonismes, un homme attentif aux autres, humain, tolérant, fidèle à ses amis, fidèle à ses engagements.
Au terme de la cérémonie, chacun put pénétrer dans l’église pour s’incliner une dernière fois devant la dépouille de Bernard Barbecot. De part et d’autre du portail, des douaniers de la Brigade de Clermont-Ferrand rendaient les honneurs. On entendit de nouveau les chansons de Brassens, Ferrat, Bachelet . Elles disaient, à leur façon, la peine de chacun, mais elles manifestaient aussi l’enracinement de Bernard Barbecot dans ce pays qu’il aimait et dans cet autre territoire, qui, lui, est sans frontières : l’humanité.

Léo porte sur un coussin la Légion d’honneur de son grand-père.
Le temps était venu du dernier voyage. Précédé du drapeau tricolore et de son petit-fils Léo qui portait, agrafée sur un coussin, la Légion d’Honneur de son grand-père, la foule en cortège gagna à pas lents le cimetière de Saint Ours. A l’intérieur, de nombreuses tombes familiales portaient le nom des Barbecot. Le gros gravier de lave rouge crissait sous les pas quand tous, amis, parents, collègues, camarades, vinrent présenter leurs condoléances à la famille.

La foule en cortège gagne le cimetière de Saint-Ours. Les collègues, les amis, tous viennent saluer la famille de Bernard.
Au loin, dernières traces de l’hiver, la ligne sinueuse des volcans d’Auvergne s’ornait encore, sur ses sommets, de larges plaques de neige blanches.
Première publication : Pupille n° 168, 2e trimestre 2005.
En savoir plus :
Merci Bernard.
A l’E.N.D.B. de La Rochelle, la nouvelle promotion a pris le nom de “Promotion Bernard Barbecot”
Édito de René Duprat de mai 2005
La carrière de Bernard Barbecot
La carrière exemplaire d’un douanier militant.
Les Présidents de l’Œuvre
Tous les Présidents depuis la création de l’Œuvre.