Mort d'un douanier à la poursuite d'un trafiquant


2011-03-25 | Poster par : A.M.

 

Damien Rouillier, père de famille, citoyen engagé, sportif accompli.

 

(AFP) 25 mars 2011 – POITIERS — Un motard des Douanes de 38 ans, père de famille, grièvement blessé jeudi sur l'autoroute A10 entre Poitiers et Tours lors d'une course-poursuite à vive allure avec un trafiquant de drogue, est mort vendredi, a annoncé le maire de sa commune, Vivonne (Vienne).
Ce douanier, Damien Rouillier, marié et père de deux petits garçons, avait été grièvement accidenté en poursuivant à environ 200 km/h une voiture qui avait pris la fuite sur l'autoroute à hauteur de Nouâtre (Indre-et-Loire), après un contrôle volant.

La Dépêche – 26 mars 2011 :

La course mortelle des go fast

Lancé à la poursuite de trafiquants de drogue, un douanier de 38 ans est mort hier dans la Vienne dans un accident sur l'autoroute A 10. Les suspects remontaient 420 kg de résine de cannabis. Deux go fast ont aussi été interceptés en février et mars dans l'Aveyron et le Tarn-et-Garonne.
Motard des douanes, Damien Rouiller avait 38 ans. Ce père de deux enfants est mort hier matin à l'hôpital de Tours. Il avait été hospitalisé en urgence dans la nuit après avoir heurté la voiture de trafiquants de drogue qu'il avait pris en chasse, entre Poitiers et Tours, sur l'autoroute A 10. Le go fast, ces convois de véhicules ultra-puissants qui remontent du sud de l'Espagne avec de grosse quantité de stupéfiants, avait été repéré par hasard par les douaniers. Quatre suspects ont été interpellés et 420 kg de résine de cannabis saisis. L'homme qui a provoqué l'accident a en revanche réussi à s'échapper.
« Les hommes qui se lancent dans ces opérations sont prêts à tout. Les intercepter est très difficile », prévient un enquêteur de la gendarmerie. Ce n'est pas par hasard si le 2 février, les hommes ultra-entraînés du GIGN ont été sollicités par les douanes pour stopper à Millau un go fast chargé de 1 300 kg de haschich. Une véritable opération commando (lire ci dessous). Le 10 mars, en Tarn-et-Garonne, une simple patrouille de gendarmes qui veillait sur un secteur, entre Moissac et Lauzerte où était attendu le président de la République cinq jours plus tard, a pris en chasse une Mercedes dont le conducteur a fini par quitter la route. Dans le véhicule, 745 kg de haschich ! Aucun lien entre ces deux saisies régionales, si ce n'est la puissance des véhicules qui remontaient vers la banlieue parisienne. Des go fast qui ont choisi de passer par les routes de Midi-Pyrénées ce qui n'est pas une surprise pour les professionnels. « Le Sud Ouest et les Pyrénées centrales sont particulièrement exposés. Le phénomène ne régresse pas, loin de là. Encore moins depuis que les postes frontières ont été démantelés », s'inquiète un spécialiste. À l'ouest via Biriatou, au nord par Le Perthus « et partout au milieu ! », prévient un douanier.
Les trafiquants ont donc le choix et pour les services d'enquête, c'est un sacré challenge. Les gendarmes de la section recherches de Toulouse gèrent les deux enquêtes liées aux saisies de Millau et Montesquieu. Cinq suspects ont été interpellés. Tous aussi déterminés que peu bavards. « Tous les cinq ont un passé. Ils ont commencé par de petites choses et sont montés peu à peu dans le banditisme », lâche un enquêteur. Bien sûr, ils n'ont rien dit. Pas le genre. « Quand on transporte plus d'un million d'euros de drogue, on connaît les risques. Même celui de trop parler… »
 

France Soir, 26 mars 2011 :

Un homme très investi

Dans Vivonne, une commune de la Vienne où Damien vivait, où sa famille a ses racines, l’émotion est grande. D’autant plus que dans cette ville de 3.000 habitants, Damien était très investi. Conseiller municipal depuis 2008, membre à la fois des commissions consacrées aux campings, aux sports et à la voirie, il est décrit par Jacky Quintard, également membre du conseil, comme « un homme très dynamique, capable de défendre ses idées. Il avait son franc-parler, et c’était un garçon entier ». 

Un sportif accompli

Investi, Damien l’était aussi dans les associations sportives. « Il faisait partie du bureau de l’association de karaté, poursuit Jacky Quintard. Ses enfants aussi adoraient le karaté, peut-être parce que lui l’aimait autant… » Joël Chartier, président du club Vivonne 86 Loisirs, témoigne d’un membre « très sportif. Il était ceinture noire de karaté et donnait des cours aux jeunes des centres d’aide par le travail (CAT) de Vivonne. »

Son implication sportive ne s’arrête pas aux arts martiaux. La course à pied prend beaucoup de son temps libre. Damien est de toutes les épreuves, jusqu’au marathon de New York, qu’il parcourt en 2009 en moins de 3 h 40. « Dernièrement, raconte Joël, il ne courait plus car il s’était blessé au genou. Alors, en attendant qu’il aille mieux, Damien nous accompagnait à vélo le dimanche matin. » Infatigable. Et quand il ne court pas, il participe à l’organisation des événements de l’association, les sorties, les courses. Aujourd’hui, l’heure est au recueillement pour les fondus de sport qui partageaient sa passion. Joël, ému, a encore a faire : « Je dois prévenir les autres membres de l’association. On va essayer de se réunir ce soir et on décidera de quelle manière on lui rendra hommage. »

« A fond »

Un sportif donc, mais aussi un motard chevronné. Mathieu Poisay, 38 ans, a rencontré Damien à l’école primaire, l’a suivi sur les bancs du collège. Il se souvient d’un garçon gentil et discret, passionné de moto. « Ça a toujours été une grande part de sa vie. A l’époque, son père en avait une », confie-t-il. Son service militaire ? Damien le passe naturellement au peloton d’autoroute de Naintré, dans la Vienne. En 2006, il entre tout aussi naturellement dans les douanes, comme motard. Joël a appris sa mort par un ami de Damien. Par les journaux, il a appris les circonstances du drame. « Connaissant Damien, il a voulu faire son métier à fond. Il y a laissé sa peau… »