
Le rugby, c'est venir au contact. Tableau ornant le bureau du Président Lapasset.
Nous avons retrouvé Bernard Lapasset au siège de la Fédération Française de Rugby, dans une rue proche de la gare Saint-Lazare à Paris. Le lieu respire l’histoire épique des passionnés du ballon ovale.
Dans le vaste hall, sous une grande verrière, le visiteur est accueilli par une immense vitrine où il peut contempler le célèbre bouclier de Brennus et les principaux trophées conquis par l’équipe de France. Le jour de notre venue, il était décoré par les drapeaux de toutes les nations qui venaient de participer à la Coupe du Monde de Rugby.
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| Bernard Lapasset dans son bureau. |
Bernard Lapasset, vous êtes donc douanier ?
Et fils de douanier ! C’est, pour ainsi dire, le milieu dans lequel j’ai grandi et où je me suis formé. Dès mes premiers pas dans la vie, j’ai été au contact de la douane et du rugby. Je leur suis resté fidèle.
Quel a été votre parcours ?
J’ai d’abord rejoint l’Ecole nationale des douanes, où j’ai d’ailleurs été le camarade de promotion de Bernard et Laure Batut. Je me suis ensuite initié à la communication en ayant la responsabilité, durant dix ans, du magazine “La Vie de la Douane”. Ce fut une expérience passionnante et qui m’a beaucoup aidé à la Fédération française de rugby. Je peux avouer aujourd’hui qu’à l’époque j’écrivais les discours de son Président, Albert Ferrasse ! J’ai ensuite été responsable de la direction régionale des douanes de Roissy, puis j’ai rejoint le cabinet du directeur général des douanes.
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| Dans une vitrine du hall d'accueil, un ancien trophée. |
Et votre parcours de rugbyman ?
Depuis mes premiers pas sur un stade, à Agen, j’ai toujours joué au rugby. Nous avions alors remporté le championnat de France junior 1967 (j’occupais le poste de deuxième ligne). J’ai même été suppléant de l’équipe de France, mais jamais sur le terrain, ce qui demeure mon grand regret. Comme douanier, je jouais à l’Union Sportive des Douanes de Paris, avec qui nous avons été champion de France corporatif et champion de France Finance atSCaF. Le rugby « à l’ancienne » impliquait alors un mental à toute épreuve ! Lorsque s’est présenté la succession d’Albert Ferrasse; en 1992, j’étais Chef de cabinet du Directeur général des douanes. Il m’a d’ailleurs encouragé à poser ma candidature. J’ai été élu. La succession d’Albert Ferrasse, qui fut un grand président, ne fut pas facile. mais, après 17 ans à la tête de la Fédération, le succès de la Coupe du monde traduit bien la place qu’occupe désormais le rugby en France et dans le monde.
Peut-on dire que douane et rugby ont des valeurs en commun?
Certainement : l’engagement personnel, le partage et le respect. Sur le terrain, à Roissy par exemple, j’ai pu juger ce que valait l’engagement des douaniers. Sur le stade, vous connaissez l’adage : « Il faut mourir soi-même pour permettre de gagner. » Quant au partage, à la convivialité, nous avons de part et d’autre le sens de l’accueil, de la solidarité et aussi celui de la fête.
Ces valeurs vous ont-elles aidé dans l’organisation de la Coupe du monde ?
Cette convivialité, tous les initiateurs des nombreux projets d’accompagnement en ont été à la fois les acteurs et les artisans. La multiplicité des champs d’expression, le sportif, la culture, la gastronomie, le tourisme, la création, a illustré à quel point le rugby s’inscrit dans la vie et permet à chacun d’exprimer ses talents et ses savoir-faire. Notre sport et notre pays ont su recevoir et conquérir, au-delà des supporters de toujours.
Feriez-vous un lien avec l'Oeuvre des Orphelins des Douanes ?
Certainement. Comme tous les douaniers, je suis très attaché à l’Oeuvre. Ce qu’elle fait est exemplaire, et elle le fait bien. Elle a su, depuis sa création durant la première guerre mondiale, mettre en oeuvre la solidarité de tous les douaniers entre eux et à travers les générations successives. C’est, je crois, sans équivalent. Mais il y a un plus, comme dans le rugby : l’émotion. Rien de vrai ne peut se construire sans l’émotion. Elle met en oeuvre l’idée qui, sans elle, resterait froide. Dans un match de rugby, c’est la même chose. Pas de victoire sans émotion, des joueurs comme du public.
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| Le célèbre bouclier de Brennus. |
La Coupe du monde a-t-elle été un grand succès ?
On m’avait crié « casse-cou » lorsque j’ai brigué l’organisation de la Coupe du monde. Imaginez la complexité de l’opération : toutes ces équipes qu’il faut accueillir (terrain, salle de sport, moyens hôteliers, et même sauna…), tous ces matchs qu’il faut jouer dans tant de villes différentes, et ces millions de billets qu’il faut réussir à vendre. Et bien, nous y sommes parvenus et nous n’avons connu aucun incident!
Ce succès n’a été possible qu’en raison de l’exceptionnelle mobilisation de tous. Il montre que nous avons bien travaillé à développer le rugby en France, à lui ouvrir de nouveaux publics. La Fédération est aujourd’hui solide et peut aborder une nouvelle ère sur de solides fondations.
Et pour vous, quel futur ?
Je prends en 2008 ma retraite de la douane et je vais désormais partager ma vie entre Paris et Dublin où me conduit une nouvelle et passionnante aventure à la tête de l’International Rugby Board (IrB). C’est donc une nouvelle vie qui s’ouvre à moi, un double tournant.
Un douanier français à la tête du rugby mondial !
Merci Président.
Reportage photos Alain Martinet, réalisé au siège de la Férération Française de Rugby.
Sur le mur qui conduit au bureau du président Lapasset, Bernard Batut, Secrétaire général de l'O.D.O.D. contemple les portraits de tous ses prédécesseurs à la tête de la Fédération depuis sa création . A droite, celui de Bernard Lapasset, douanier de coeur et de métier.Le parcours exemplaire d'un douanier.
Bernard, Pierre, Louis Lapasset est le fils d’Albert Lapasset, receveur central des douanes et de Georgette Ducombs. Il est né le 20 octobre 1947 à Tarbes (Hautes-Pyrénées). Après des études de droit qui se concluent par une maitrise en droit public, il choisit la douane et rejoint l’Ecole nationale des douanes de Neuilly-sur-Seine, dont il sort diplômé.
Son parcours professionnel est exemplaire : Inspecteur (1968-79), Inspecteur principal (1979-83), Directeur régional adjoint (1983-93), Directeur régional (depuis 1993) des Douanes ; son parcours l’a conduit de Roissy au cabinet du Directeur général des douanes.
C’est alors qu’il succède à Albert Ferrasse à la tête de la Fédération Française de Rugby (FFR, depuis 1992), puis devient Vice-président du Comité National Olympique du Sport Français (CNOSF) et membre de l’International Board (depuis 1992). Il vient d’être élu Président de l’International rugby Board (IrB).
Bernard Lapasset est Chevalier de la Légion d’honneur, médaille d’or de la Fédération Française de Rugby, de la Jeunesse et des Sports. Il est, depuis 1993, co-président du Fonds d’amitié France Nouvelle-Zélande.
Première publication : Pupille n° 176, 1e trimestre 2008.
En savoir plus :
La Fédération française organise en France la Coupe du Monde de Rugby.